Professeur
à l'université de Paris II,
Guy Antonetti, agrégé de
droit, est historien du droit,
spécialiste des questions
financières et économiques.
Il nous livre avec ce Louis-Philippe, un
véritable chef d'oeuvre de la
biographie historique.
Louis-Philippe
Humilié, comme tous ceux de sa
lignée, par les Bourbons, critiqué, puis menacé
durant la Révolution, éternel candidat au moindre
trône vacant d'Europe, opportuniste ou passant pour tel (il fut
quasi jacobin dans sa jeunesse et finit sa vie en monarque
autoritaire chassé par une émeute), moqué par
ses adversaires politiques des deux bords au cours de son
règne, Louis-Philippe a laissé dans la mémoire
des Français une image ambigüe et contradictoire. Par
surcroît, ce n'est que depuis peu de temps que sont accessibles
aux historiens les archives permettant d'éclairer sa figure de
façon définitive. Guy Antonetti est le premier d'entre
eux.
Qui était donc le dernier roi sous lequel les français
ont accepté de vivre ? Faudrait-il, comme on le fait souvent
des personnages mal connus, le statufier, le créditer d'avoir
fait avancer la démocratie libérale et d'avoir
donné au pays près de vingt ans de stabilité ?
Certes non. Si son règne ne fut pas le désastre que
l'on a dit et si nombre de réformes positives portent son
empreinte propre, il est clair que Louis-Philippe a
échoué. La monarchie issue des Trois Glorieuses
était à ses yeux d'une perfection indépassable.
Il était convaincu que le choix fait alors - le "juste milieu"
entre l'absolutisme de l'Ancien Régime et l'anarchie jacobine
-, garanti par la charte 1814 révisée, était le
seul possible. Il se prenait pour un homme de son temps, alors qu'il
n'était au fond qu'une figure éminente de cette
aristocratie éclairée du XVIII è siècle
qui se rallia au tiers état en juin 1789 en rêvant de
transformer la monarchie en une royauté constitutionnelle - on
connaît la suite. Rejetant la leçon, Louis-Philippe ne
sut pas évoluer, en dépit d'une intelligence et d'un
courage évidents. La même insurrection qui l'avait mis
sur le trône en juillet 1830 le balaya en quelques jours en
février 1848.