Né en
1931, Jean-Pierre Babelon est membre de
l'Académie des Inscriptions et
Belles Lettres et ancien conservateur en
chef aux Archives nationales, ainsi
qu'ancien directeur du Musée et du
domaine de Versailles et de
Trianon.
Henri IV
Dans la mémoire des français,
Henri IV est le seul roi à n'avoir connu aucune
disgrâce. Sa mort l'a auréolé d'une
indestructible popularité et son règne est vite devenu
l'auberge espagnole de notre histoire. Le Gascon caustique
méprisant la peur, l'homme d'action ennemi des parlottes, le
bon vivant, l'homme de la poule au pot, le Vert-Galant sûr de
ses conquêtes : autant d'images d'Epinal que Jean-Pierre
Babelon réajuste sans parti pris ni complésance, pour
expliquer le "phénomène Henri IV".
Le 1er aout 1589, assiégeant Paris en pleine rébellion,
Henri III, victime d'un attentat, murmure à celui qui sera
demain Henri IV : "Vous voyez comme vos ennemis et les miens m'ont
traité. Il faut que vous preniez garde qu'ils ne vous en fasse
autant". Le dernier des Valois disparu, Henri de Navarre devient roi
d'une France déchirée par les guerres de la Ligue,
où la monarchie traverse un de ses pires moments.
Cinq ans sont nécessaires au premier Bourbon pour ouvrir les
portes de la capitale, quatre autres pour apaiser les armes et les
consciences. Il ne lui reste que douze ans pour créer, avec
l'aide de Sully, un Etat moderne : l'économie, l'agriculture,
l'urbanisme, l'université, il n'a cesse de tout
réorganiser, et de continuer la tradition monarchique
séculaire, comme s'il avait sur que peu de temps lui
était octroyé, pour accomplir sa tâche.
Pour Henri IV, ce célibataire mal marié, qui se
reconnaissait trois plaisirs, la guerre, la chasse et l'amour, la
plus grande joie fut sans doute la naissance du dauphin, le futur
Louis XIII. Il avait alors 48 ans. Après avoir rétabli
l'unité de son royaume et assuré le 'bien-être de
ses peuples", il fondait une nouvelle dynastie. Le fils de Jeanne
d'Albret pouvait-il rêver d'une plus belle destinée
?
Au bout du compte, un caractère et un comportement peu
ordinaires, un pragamatisme et un relativisme qui tranchent
vigoureusement sur les mentalités de l'époque, et un
esprit qui nous est étrangement proche.