Louis XV

de Michel Antoine

Editions Fayard

1035 pages.

L'auteur :

Spécialiste de l'histoire de l'État sous l'Ancien Régime, Michel Antoine, après avoir été conservateur aux Archives nationales, maître de recherche au CNRS et professeur à l'université de Caen, est aujourd'hui directeur d'études à l'École pratique des Hautes Études (IVe section).

Louis XV

Roi de France à cinq ans, l'arrière-petit-fils de Louis XIV grandit sous la Régence de son oncle Philippe d'Orléans. Devenu majeur à treize ans (1723), il attendra encore plusieurs années avant de prendre les affaires en main. Grand monarque, intimidant parce que intimidé, il reste simple en son intérieur, pharaonique dès qu'est en cause Sa Majesté. Homme de guerre, il la déteste. Bien-Aimé de ses peuples, il encourt la vindicte des coteries religieuses et politiques. Victime de ses sens, il n'en est pas prisonnier.Son pire ennemi : lui-même. Doté d'un savoir prodigieux et servi par une mémoire hors du commun, il a le savoir-faire mais pas le faire-savoir. Nemrod infatigable, il invente la bureaucratie, mais tempérée comme le clavecin. Tenant de l'absolutisme, il ne le confond point avec l'arbitraire. L'autorité en haut, les libertés en bas, il s'inscrit ainsi dans le droit fil de l'oeuvre capétienne. Il pave les routes, jette des ponts, perce des canaux, multiplie par trois la vitesse en usage sous les règnes précédents. Sous son impulsion, la France change de visage. Il reconstruit Rennes, Bordeaux, Aix...Paris lui doit des églises et des palais. Roi des humbles, il se préoccupe d'améliorer l'agriculture, le sort des manouvriers, des six corps de commerçants. Il bannit les mauvaises pratiques des financiers et en termine avec la persécution des réformés. Une seule pensée le guide : l'amour de ses peuples. Louis XV leur donne la gratuité de la justice, l'égalité devant l'impôt. Et s'il perd une partie de notre premier empire colonial, il agrandit le royaume (la Lorraine et la Corse). Néanmoins, à la fin de sa vie et pendant plus d'un siècle, il devient le Mal-Aimé. Pourquoi? La réponse apparaît simple. Il n'avait point assez défendu les Pères Jésuites (et ils s'en souvenaient). Il s'était aliéné, par ses réformes, le Parlement, le clergé et les " esprits forts ". Enfin, en s'alliant à la maison d'Autriche, il avait heurté l'opinion dont la sympathie allait à la Prusse. Résultat : on n'évoquait plus que ses petites amours et ses deux incomparables favorites, la marquise de Pompadour et la comtesse Du Barry, en mettant en cause leur influence. A la fois par nécessité et par un penchant de son caracrtère, Louis XV a été un homme très discret. Et secret de façon étrange car, alors que bien souvent son inconduite fut notoire, il tint au contraire à entourer de discrétion, voire de mystère, ses actions les plus méritoires. De toute évidence, c'était là un moyen très sûr non pas de se forger une réputation glorieuse, mais de provoquer l'éclosion et la diffusion de rumeurs calomnieuses et vite graveleuses, qui passèrent d'autant plus aisément pour des vérités établies, que la propagande monarchique était frappée de léthargie depuis les vingt dernières années du règne de Louis XIV.

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